Ce média essentiellement en ligne, propose de partager et de décrypter régulièrement des vidéos sur différentes thématiques liées au Web et aux possibilités qu’offre le numérique. Toutes disponibles sur Internet, ces vidéos offrent une pluralité de sujets et de formes de narration considérable. L’analyse de ces dernières se concentre non seulement sur leur forme mais également sur le discours qui y est tenu et leur plateforme de diffusion. De l’information au divertissement pur ces vidéos présentent un discours parfois plus travaillé qu’elles le laissent entendre au premier abord et leur réception redéfinit et donne parfois une nouvelle dimension à leur message initial (cf. articles Oncle du Bus et Mili-artiste).
A l’heure où les nouvelles technologies, les différents types de médias et les réseaux sociaux semblent laisser une place à la vidéo de plus en plus importante, il semble pertinent de s’intéresser aux différentes formes existantes, à leur vocation et à leur circulation. La création d’un contenu vidéo destiné au Web est diffusé de différentes manières et sur différentes plateformes et devient parfois la cible d’un nouveau traitement médiatique. Les frontières entre différents médias : télévision, site en ligne, réseaux sociaux est de plus en plus floues comme peut l’illustrer de nouvelles formes multimédias ou trans-médiatiques. Du web-journalisme, aux fan-films amateurs en passant par les vidéos éducatives ou encore de l’art-vidéo, nombreuses sont les formes de vidéos disponibles et accessibles sur Internet et auxquelles nous avons choisi de nous intéresser.
Nombreuses sont les empreintes d’archives audiovisuelles : télévision, cinéma, documentaires, archives audiovisuelles de la justice … Ce sont des objets intéressants et utiles qui constituent un témoignage d’une société et de son évolution et qui permettent d’alimenter de nombreuses recherches et de nouvelles productions. En France l’institution la plus célèbre dans ce domaine est sans aucun doute l’Ina, dont la principale fonction est de conserver les productions audiovisuelles de toutes sortes ainsi que tous les éléments s’y rapportant (articles de presse, magazines, scénario…). Les bibliothèques sont aussi souvent des acteurs de la conservation de ce type de vidéos et de leur mise à disposition (la Bibliothèque publique d’Information et la Bibliothèque François Mitterrand par exemple), des institutions comme la Cinémathèque Française et les grandes filiales telles que Pathé-Gaumont sont également à l’origine de grandes ressources d’archives audiovisuelles. Les archives audiovisuelles sont considérées comme des composantes du patrimoine à part entière et plusieurs problématiques relatives à leur utilité, à l’importance de leur conservation et à leur consultation existent. Le développement du numérique a naturellement été un tournant dans le domaine de l’archive, et qui plus est audiovisuelle. A titre d’exemple, à partir des années 2000 l’Ina a lancé un plan de sauvegarde numérique massif et à grande échelle de toutes les archives en sa possession et systématiquement de celles à venir. La numérisation des archives représente un changement majeur quant à l’appréhension de ces dernières et n’est pas sans conséquence intéressante car il a été peu à peu possible de les rendre disponibles sur Internet. C’est d’ailleurs le cas de beaucoup de sources d’archives audiovisuelles qui sont directement consultables, gratuitement ou pas, sur la toile. Jusqu’à environ 2006, ce type de documents étaient réservés au professionnels ou n’étaient disponibles qu’à condition de débourser une somme assez conséquente pour y accéder. Plusieurs sites spécialisés dans l’archive ont vu le jour mais c’est sans aucun doute le site d’hébergement Youtube qui propose la source de vidéos d’archives la plus conséquente et la plus diverse. La plateforme de vidéo à l’avantage de réunir toutes sortes de vidéos d’archives, délivrées par des professionnels ou par des particuliers. L’avantage de Youtube est que la très grande majorité de son contenu et entièrement gratuit et facilement consultable. Certaines institutions comme l’Ina disposent elles mêmes d’une chaîne sur la plateforme et diffusent directement une partie de leur contenu.
Nous avons choisi de nous intéresser à deux des vidéos de la chaîne Youtube de L’Ina pour illustrer notre article. Régulièrement l’institution republie et remet à la une des vidéos d’archive, lorsqu’elles ont une résonance avec l’actualité ou le débat contemporain. Deux vidéos de l’Ina ont récemment été publiées sur la chaîne Youtube de l’institution lors des polémiques qui ont entourées l’affaire Gabriel Matzneff et l’affaire Roman Polanski et la cérémonie des Césars 2020.
Gabriel Matzneff est mis en cause dans plusieurs affaires de pédophilie, d’abus et détournements de mineures, affaires qui ont récemment refait polémique suite à la parution du livre de Vanessa Spingora, Le Consentement, en janvier 2020. Roman Polanski est également incriminé dans plusieurs affaires de viols et de pédophilie pour lesquelles il est poursuivi depuis des années et dans plusieurs pays. Ces affaires judiciaires ont également récemment été au centre des polémiques en France, à cause des douze nominations de son dernier film, J’accuse, aux Césars 2020 et de la récompense qu’il a obtenue en tant que réalisateur lors de la cérémonie. Pendant les débats liés à ces deux différents événements, l’’Ina a publié des vidéos d’interview de Gabriel Matzneff et de Roman Polanski ayant respectivement eu lieu en 1990 et en 1979 à la télévision. C’est un procédé qu’utilise continuellement l’Ina : l’institution alimente toujours le contenu de ses chaînes Youtube en fonction des sujets d’actualité. Outre les nombreux propos, les longs débats et les procès qui pourraient et devraient être tenus sur ces affaires, ces deux vidéos révèlent parfaitement la fonction et l’utilité des archives audiovisuelles. Elles sont assez similaires : Roman Polanski est interviewé par Jean Pierre Elkabach dans son émission Question de Temps présentée en 1979 et Gabriel Matzneff participe à l’émission Apostrophes de Bernard Pivot en 1990. Dans ces deux vidéos la pédophilie des deux hommes est largement et librement discutée avec souvent même une certaine légèreté. Revoir ces deux vidéos à la suite des récentes polémiques qui ont secoué la sphère médiatique ainsi que le monde de l’édition et du cinéma se révèle intéressant. La liberté de ton des deux hommes en dit long sur l’appréhension de la pédophilie, du viol, et de ces affaires criminelles dans les médias de l’époque. Ces deux archives permettent de mettre en lumière des question et un problème de société qui, à la suite des nombreuses affaires notamment Weinstein aux Etats Unis et les revendications du mouvement social MeToo ainsi que les récentes accusations d’Adèle Haenel en ce qui concerne la France, ne sont plus traités de la même façon par les médias et au sein la société. Pour de nombreuses raisons, il est difficile d’imaginer que de telles interviews puissent aujourd’hui avoir lieu sans provoquer immédiatement de vives réactions, ce qui n’a pas été le cas à l’époque des deux émissions de télévision. Ces deux affaires ont très largement agité le monde médiatique jusqu’à remettre en question, au moins en apparence, certaines institutions comme les Césars. En plus d’illustrer les mœurs et leurs plus ou moins grande acceptation collective à certaines époques, une relecture du discours tenu dans ces deux vidéos à l’aune des récents évènements permet d’analyser la façon dont la parole médiatique a évolué. Cette dernière est désormais influencée par de nombreuses sources, y compris les réseaux sociaux, qui obligent à repenser la construction d’un discours médiatique quelque qu’il soit. Outre l’illustration de l’impunité judiciaire et sociale qui concerne les deux hommes au moment ou ils donnent l’interview, ces deux vidéos mettent en lumière à quel point la parole médiatique était bien plus cloisonnée qu’elle ne l’est désormais. Ces deux archives vidéos en comparaison avec les interventions et les réactions des nombreuses personnalités publiques sur ces affaires dans les médias permettent de constater cela.
Grâce à leur récente actualité, ces deux vidéos d’archives permettent de témoigner d’une remise en question de plusieurs sujets de société ainsi que du changement de schémas de la parole médiatique. Elles sont d’autant plus intéressantes car elles concernent le monde culturel et artistique qui au travers de ces polémiques illustre plusieurs problématiques. Ces affaires qui appartiennent normalement au monde privé sont mises à la lumière de la sphère publique et le monde artistique et médiatique est une minuscule société de représentation qui reflète et traduit parfaitement les problèmes d’une époque. En comparant ces deux archives audiovisuelles aux nombreuses réactions médiatiques qui ont récemment eu lieu autour de ces affaires, il est possible de constater que le discours d’une société est changeant et que la complaisance de la sphère médiatique d’une époque peut donner lieu à la contestation et aux déchaînement de cette même sphère plus tard. C’est une remarque qui a été faite sur les récentes réactions à ces affaires, jugées parfois comme étant une source d’acharnement et un tribunal populaire, mais ce que traduisent surtout ces dernières, c’est qu’une société reste malade lorsque la justice n’est pas rendu justement par la Justice. Enfin, force est de constater que ces archives audiovisuelles et que les interventions médiatiques concernant ces affaires ont une résonance allant bien au delà de la simple émission de télévision.
Les fan films désignent la réalisation de films, souvent amateurs, par des fans qui traduisent leur adoration pour une œuvre : films, série, livre, jeux vidéo, BD à travers une nouvelle production. Cette forme de réalisation fait partie des nombreuses pratiques observées par les fan studies. Les pratiques de fan existent depuis longtemps mais prennent une nouvelle tournure et une nouvelle visibilité grâce à la réappropriation des technologies dans lesquelles les fans voient un moyen d’exprimer leur créativité et de se retrouver dans une même communauté. En effet, Internet a laissé place au développement de communautés et de fanbase qui permettent aux personnes de partager leur passion commune et de créer ensemble autour de l’objet de leur admiration. Ces nouvelles productions émanent souvent d’univers de fiction avec une forte identité scénaristique et visuelle. L’une des premières productions de fan films observable s’est construit autour de l’univers de Star Wars de Georges Lucas qui dès la sortie de Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir en 1977 a connu des réappropriations qui ont continué par la suite. C’est un des univers typiques propices à la création de fan films comme le sont d’autres saga et séries télévisées. Différentes formes de récit sont construites autour de productions originales : la parodie, le prequel ou le prolongement de l’histoire par exemple.Fan-fiction, fan-film et fan-art, nombreuses sont les réalisations produites autour de différents objets d’inspiration. L’audiovisuel reste la source de reprises principale avec en première ligne des œuvres (qui sont aussi en premier lieu des livres) comme Harry Potter, Naruto et Twilight qui sont les trois univers les plus exploités par les fandom. De nombreuses plateformes sont mises en ligne pour partager les productions de fans, une des plus célèbres étant FanFiction.net qui réunit plus de 2,6 millions d’utilisateurs dans plus de 40 langues différentes. Les fan-films sont également publiés sur des plateformes plus populaire encore comme Youtube. Au-delà de simples productions amateurs, la créativité des fans et les phénomènes qu’ils produisent traduisent plusieurs enjeux culturels et sociaux définit par plusieurs spécialistes et chercheurs comme Mélanie Bourdaa dans l’article « Les fans studies en question : perspectives et enjeux », publié dans la Revuefrançaise des sciences de l’information et de la communicationen 2015 : « Les fans représentent non seulement un exemple de créativité mais également de performance et d’engagement en ce qui concerne les pratiques sociales et culturelles. La réception n’est plus juste assimilée à une consommation d’un produit culturel mais aussi à un déplacement continu entre créativité, choix tactiques, engagement (et parfois, refus, cela va de soi), et construction identitaire. La culture fan est une culture de la participation à travers laquelle les fans explorent et questionnent les idéologies de la culture de masse, en se positionnant parfois à l’intérieur et parfois à l’extérieur de la logique culturelle du divertissement commercial. »
En 2018, une organisation spécialisée dans le fan film et a réussi à s’imposer en s’appuyant sur l’actualité de l’œuvre culte : Dragon Ball. Le 2 février 2018, la société nippone Toei Animation dévoile le trailer du prochain film de Dragon Ball Super, dont le nom était encore inconnu. Le film sera la suite directe de la série télévisée, une nouvelle tendance chez la licence Dragon Ball. Nous apprenons que Sangoku et Vegeta affronteront sur terre un nouvel adversaire inconnu, venant de l’espace.
Si l’identité de l’antagoniste était gardée secrète pendant des mois, il était possible d’apercevoir quelques parties de son corps, tels que ses membres, ses yeux et son aura d’énergie. Également, il semble faire partie de la même espèce que Sangoku et Vegeta et Sangoku, c’est à dire les Saiyens. Si le secret a été gardé pendant des mois, cela a suffit aux fans pour émettre des théories quant à ce film. Youtubers, lecteurs et vidéastes n’ont pas tardé à émettre leurs hypothèses et théories les plus folles. C’est alors qu’en avril 2018, le studio de fan fiction MaSTARMédia sort un fan-film, dans lequel il imagine l’identité de l’antagoniste et dans la foulée le scénario et l’issu du combat. Ce fan-film est composé à la fois de certaines scènes du premier trailer du film de Dragon Ball, et des scènes créées par le studio. Les scènes créées par le studio sont animées par des effets de parallax, afin de faire durer la scène, renforcer l’effet de pression et aussi laisser plus de temps aux dialogues. Également, des effets spéciaux ont été rajouté afin de rendre les scènes épiques (lumières, bruits du film, animations…) Le studio adapte les paroles des personnages Sangoku et Akumo en extrayant des voix déjà existantes. Pour Sangoku, le réalisateur s’est chargé d’extraire les voix du personnage dans d’autres épisodes et/ou films déjà existant de la licence. Pour Akumo, l’ennemi, nous pouvons supposer qu’il s’agit d’une voix déjà existante d’un personnage d’animé, ou celle d’un acteur ayant travaillé pour le projet. Afin d’introduire l’antagoniste, le réalisateur s’est basé sur une faille présente dans l’épisode précédent de la série. L’introduction a le mérite d’être cohérente, et a su faire l’unanimité auprès des fans de Dragon Ball, comme nous pouvons le voir dans les commentaires. Ce choix judicieux a rendu ce film épique, tout au long du combat, des dialogues et des révélations, digne de l’auteur du manga.
Étant donné qu’il s’agit d’un film d’animation, basé sur l’animation japonaise, nous avons plusieurs plans qui se succèdent selon les parties du film. Les plans d’ensemble et rapprochés sont mélangés de sorte à pouvoir mettre en avant les détails et les impacts des échanges de coups entre les deux adversaires (explosions, destruction du terrain, boules d’énergies, corps à corps dans les airs). Les transition sont assez fluides et permettent un bon visionnage des combats. Les plans tailles sont privilégiés, afin de mettre en avant les visages et les corps des deux adversaires. Les jambes ne sont pas réellement important dans ce genre de scène dans Dragon Ball, sauf pour les transformations. Également, les rythmes sont fidèles à la série, puisqu’il sont en général assez longs. Les couleurs sont vives et mettent en avant les valeurs des tenues des personnages et et leurs corps. Les couleurs deviennent “fluos” lorsque les deux guerriers se transforment afin de mettre en avant leur cheveux et leurs puissances, encore un fois une habitude dans les épisodes de la licence.
Après le lancement de cette première partie, la vidéo a été visionnée plus de 30 millions de fois sur YouTube. Elle a également fait l’unanimité chez la plupart des YouTuber. Une dizaine de YouTuber spécialisé dans les mangas ont partagé et on commenté en direct le fan-film. Enfin le fan film a mérité un article et été repris par les médias tels que Sens Critique et Bleach MX. Et ce n’est quelques mois plus tard que la véritable identité du personnage sera révélée au grand public.
Le web-documentaire est un nouveau type de création au croisement entre le documentaire classique et les possibilités récemment apportées par le développement de l’informatique et plus spécifiquement d’Internet. Plus schématiquement, cela peut se définir par la scénarisation de la consultation sur un site web d’un documentaire. Ce n’est pas une style figé, il existe encore sous des appellations multiples comme animations interactives, documentaires multimédias, cyber-documentaires, et ces tendances traduisent l’émergence d’un nouveau genre de documentaires qui n’a pas encore trouvé son nom, oscillant entre plusieurs directions de développement.
Le web-documentaire cherche à intégrer son spectateur au récit, et celui ci pourra être plus ou moins sollicité selon les productions. Cet ajout par rapport à un documentaire classique place l’internaute au centre de la production. Sa participation est indispensable d’autant plus qu’elle est constitutive de ce genre, participation valorisée par la liberté d’action qui lui est accordée. L’internaute navigue dans le web-documentaire comme sur un site internet, à la recherche de contenus et d’informations, effectuant des choix qui délimitent son parcours dans le documentaire.
La place de l’individu devant un web-documentaire est cependant ambigüe durant un même visionnage , en tension permanente entre spectateur et acteur. Il est à la fois immergé dans la diégèse, baignant dans le flux de contenu, mais également rappelé à sa position externe au récit, lorsqu’il est sollicité pour choisir un des différents chemins narratifs par le biais d’un clic. Nous verrons quels types de dispositifs peuvent être utilisés pour intégrer le spectateur au récit dans l’étude de cas sur Prison Valley, web-documentaire réalisé par Philippe Brault et David Dufresne en 2010 sur l’univers carcéral américain.
Une des autres particularités intrinsèque au web-documentaire, c’est le fait qu’il sollicite différents corps de métiers et savoirs qui ne se rencontrent pas forcément habituellement, afin de produire un seul et même objet médiatique. Emmanuel Souchier, professeur des Universités à la Sorbonne et membre du Conseil Scientifique de l’École Doctorale Concepts et langages, développe l’idée que chaque corps de métier qui intervient dans l’élaboration, la production et la circulation d’un média laisse une empreinte sur ce dernier, et que ces empreintes sont celles de culture, pratique et logiques diverses qui nourrissent le produit final. La démultiplication des auteurs et la transdisciplinarité d’un web-documentaire conduisent à une multiplicité d’approches d’un même sujet, expliquant en partie l’intérêt montant pour ce genre de productions depuis une dizaine d’années.
David Dufresne est un journaliste, réalisateur français, co-créateur de Médiapart où il sera chargé des questions de police et de libertés publiques, il a également écrit pour Libération et tient sur son twitter une anthologie des violences policières depuis le début du mouvement des gilets jaunes. Philippe Brault est un photographe et journaliste qui travaillera avec David Dufresne pour la réalisation de Prison Valley, produit par la société française Upian et la télévision franco-allemande Arte: un web-documentaire sur Cañon City, dans le Colorado, une ville très particulière où se concentrent 13 prisons, et 36 000 habitants. Ce web-documentaire est une belle synthèse des possibilités offertes par la rencontre de deux univers médiatiques.
Ce mélange entre documentaire, jeu vidéo et réseau social sert d’habillage à une enquête journalistique détaillées, rigoureuse, sur ce comté des États Unis qui vit d’une économie gravitant autour de l’industrie pénitentiaire. “L’idée, c’était d’explorer de nouvelles possibilités de raconter une histoire,sans que ce soit gratuit ou purement ludique. On ne s’amuse pas avec l’enfermement.” explique David Dufresne dans une interview accordée au journal Le Monde. Dans Prison Valley, le visiteur est invité à s’inscrire virtuellement dans une réplique à 360° de la chambre de motel où les deux journalistes avaient posé leurs valises en arrivant dans le comté, inscription qui sera utile afin de ne pas recommencer depuis le début à chaque visite du site, à la manière d’une sauvegarde de jeu-vidéo. Ensuite commence ce que les réalisateurs appellent un “road-movie interactif”: l’internaute est lancé dans un monde virtuel où il peut se déplacer, aller consulter des témoins, revenir au sommaire -qui est la chambre de motel- mais également consulter des statistiques, images, vidéos, témoignages, qui ne sont pas obligatoires pour arriver à la fin du récit mais qui sont d’un intérêt non négligeable pour le spectateur intéressé par le sujet. Toutes ces possibilités d’interactions sont encadrées par un documentaire-enquête de 60 minutes sur l’industrie pénitentiaire locale, américaine et son évolution. Le web-documentaire s’intéresse particulièrement à la privatisation des prisons et du travail des détenus, problématiques qui ne se limitent pas aux frontières des États-Unis, et ouvre une réflexion plus générale sur les politiques carcérales modernes, vecteurs d’oppressions.
Les deux auteurs se sont beaucoup inspirés des jeux vidéos en réseau pour offrir une expérience unique où l’on progresse par palier: il faut passer par certaines étapes pour en débloquer la suivante et avoir accès à certains témoignages, ce qui requiert une participation de la part du spectateur, le rendant acteur. Il est également possible de parler en direct avec les autres visiteurs du site sur des forums préexistant liés à des thématiques précises , d’échanger via des réseaux sociaux, et il est même possible d’envoyer des questions aux « personnages/personnes » de l’histoire qui le souhaitent.
Les ressources à disposition et les possibilités offertes par la volonté de faire participer l’internaute font de Prison Valley une vraie réussite journalistique et technique, énormément de sources sont à disposition permettant de se plonger longuement dans la réalité de l’enfermement, commerce lucratif pour de nombreuses entreprises.
L’art numérique correspond un ensemble de créations variées qui utilisent comme fondements des procédés et un langage numérique. Pour définir et délimiter ce que représentent l’art numérique, il faut faire une distinction entre l’art qui utilise le numérique pour créer des objets artistiques « courants » – films, photographie, musique – et une création qui utilise le numérique comme substance et comme médium à part entière. L’œuvre est alors produite, partagée ou exposée et conservée uniquement sous format numérique. L’intérêt souvent mis en lumière de ce deuxième type de production, est la valeur et le potentiel interactif possible avec l’utilisateur. Ce type de création a émergé à partir des années 50 mais c’est au sein du groupe d’art contemporain Fluxus, actif dans les années 60, que l’art numérique voit véritablement le jour. La rencontre entre l’artiste allemand Wolf Vostell (1932-1998) et l’artiste sud-coréen Nam June Paik (1932-2006) donne lieu à diverses collaborations artistiques et ces derniers seront considérés par la suite comme les fondateurs de l’art numérique et de l’art vidéo. Lors de son arrivée en Allemagne et dans le cadre de son cursus universitaire, Nam June Paik fait la rencontre de plusieurs artistes plasticiens et compositeurs conceptuels qui le feront peu à peu adhérer au mouvement néo-dada qu’est Fluxus, créé en 1961 par George Maciunas (1931-1978). C’est avec une première exposition Music Electronic Television (1963), présentée à Galerie Parnass de Wuppertal (Allemagne), dans laquelle 13 téléviseurs sont posés à même le sol et des aimants dérèglent et tordent les images, que les deux artistes marquent l’avènement de l’art vidéo. En additionnant l’inauguration de la série des films Fluxus avec Zen for Film (1964) de Nam June Paik, et l’exposition Video Cryptography avec Catherine Ikam, le groupe d’artistes introduit la narration dans les installations vidéo, et peaufine le concept d’art numérique.
L’art vidéo fait appel aux propriétés des dispositifs numériques (ordinateur, interface, réseau, projecteurs…), afin de réaliser des vidéos et images animés à vocation artistique présentant souvent des effets spéciaux (mouvements de lumières, animations, changements de formes des objets,déplacement coordonné de robots lumineux). Ces vidéos sont générées à partir de différents appareils numériques (smartphones, caméscopes, caméras). Ces images présentent un ensemble de caractéristiques bien spécifiques (images par secondes, échantillonnage, dimension, durée, taille) mais c’est surtout leurs supports d’utilisation et de diffusion qui donnent une dimension particulière à de leur finalité artistique (musées, mapping, cinéma, télé, cinéma, téléphones, réseaux sociaux). L’utilisation de vidéo art existe donc depuis plusieurs dizaines d’années dans le milieu de l’art contemporain et s’est démocratisée peu à peu au fur et à mesure du temps à partir des années 60. Le développement du numérique et de nouvelles techniques ainsi que de nouveaux médias a permis d’élargir les possibilités de créations dans l’art numérique. Aujourd’hui c’est une pratique beaucoup plus facilement accessible qu’elle ne l’était auparavant, ce qui change et redéfinit les perspectives de l’utilisation de vidéos art et leurs diffusion. Le vidéo art est souvent basé sur l’interaction avec le public grâce à divers dispositifs : la réalité virtuelle, la réalité augmentée, l’art génératif et interactif par exemple. Les vidéos art sont désormais largement associées au Net-Art et à l’art robotique qui introduisent de nouveaux effet spéciaux pour réaliser ces vidéos artistiques.
Pour illustrer le propos, il paraît intéressant de présenter l’exposition Les Promenades numériques du festival Scopitone qui s’est tenu à Paris en 2012. Cette vidéo est une vidéo récapitulative de l’exposition, réalisée par le collectif Sourde Oreille. Cette dernière est une exposition interactive : les publics effectuent un parcours dans plusieurs salles dans lesquels ils regardent et interagissent avec les œuvres d’arts numériques exposées. Les travaux de plusieurs artistes sont exposés. Dans un premier temps, le travail de Brame Snijders et Deframe nommé Sensible 1.0, projette sur le corps de visiteurs des schémas lumineux prenant différentes formes au cours de la performance numérique. Ensuite les Mécaniques discursives de Fred Penelle et Yannick Jacquet présente un récif montagneux en plastique illuminé par différents faisceaux lumineux. En passant de l’illusion de modélisation 3D de la montagne, les animations et effets d’images donnent vie à la montagne : mouvement des nuages, variation du ciel, étoiles filantes, déplacement de la lumière solaires sur le récif. Tel un dessin animé, les lumière et images numériques animent les dessins fixs, acollées sur le mur, afin de donner vie à ces derniers (engrenage en fonctionnement, liquide de la fiole en mouvement, poudre en chute, modélisation de molécule, laboratoire en fonctionnement). Le travail UMwelt VIRutopia de Frederick De Wilde présente des robots lumineux autoguidés qui se déplacent sur une scène semblable à celle du patinage sur glace. Les robots se déplacent en changeant de lumière et changent les couleurs de la scène, tout en étant en interaction avec d’autres objets lumineux . Il y a ensuite le travail Nervous Structure de Annica Cuppetelli et Cristobal Medonza, sur lequel nous reviendrons plus tard, qui projette sur un écran digital des mouvements entre noir et blanc. Leur vitesse varie en fonction de l’interaction avec les spectateurs. Ensuite l’œuvre Cinétose projette un jeu de lumière et est suivi par le travail de Jesse Lucas Difluxe qui consiste à déplacer des cercles sur une table numérique et qui guident des molécules sur l’écran. Pour clôturer l’exposition et la vidéo c’est le travail de Heewon Lee qui est mis en lumière. Il expose des éléments naturels en changeant leur sens habituel. Les vagues arrivent dans le sens inverse et continueront d’affluer vers le haut de l’écran. La majorité des plans de cette vidéo sont des plans d’ensemble et des inserts qui mettent en avant les individus en interaction avec les objets ainsi que les effets lumineux, ce qui souligne la dimension participative de l’exposition. Le but de cette vidéo, en plus de présenter l’exposition, est de mettre en avant le concept d’art numérique, qui peut être assez abstrait. Il s’agit d’une pratique riche et en évolution, qui englobe beaucoup de concept créatif. Cette vidéo illustre bien l’idée que l’art numérique n’est pas figé et permet d’incorporer de nouvelles possibilités à la création, ainsi qu’une nouvelle manière de faire interagir l’art et le public.
Pour approfondir la question de l’art vidéo numérique, il est nécessaire de s’intéresser plus profondément à un de ces travaux et Nervous Structure de Annica Cuppetelli et Cristobal Mendoza semble être un objet intéressant. Les deux designers explorent souvent les notions d’espace, d’interactivité et de mouvements et cette recherche est bien mise en lumière à travers le projet Nervous Structure. Il s’agit d’une installation composée d’environ 144 cordes projetées verticalement et qui forment dans leur ensemble un écran. Un vidéo projecteur, placé dans la salle, analyse l’environnement et les mouvements des spectateurs, puis projette sur les cordes, des lignes de lumières en lien avec les mouvements extérieurs. Ces dernières s’étirent comme des élastiques créant pour le spectateur une illusion de distorsion. C’est un projet que les deux designers ont développé pendant de nombreuses années et qui représente parfaitement les différentes dimension du vidéo art. Cette projection vidéo, a une finalité purement artistiques et engage une interaction avec ceux qui se trouvent en face. L’œuvre de Annica Cuppetelli et Cristobal Mendoza interroge et met en lumière non seulement les mouvements du spectateur mais aussi leur implication dans l’objet artistique. Ils ont eux mêmes commenté leur travail : “Notre travail porte sur l’espace, mais nous tentons de répondre à de multiples directions: l’espace entre le réel et le virtuel, entre ce qui existe et ce qui est ignoré, entre le sensuel et le logique, entre nos corps et les structures physiques qui nous entourent . Ainsi, notre travail est également basé sur l’interaction; sans qu’un participant nous considérons nos pièces incomplètes. Notre travail, c’est aussi l’intersection des disciplines particulières de nos langues. La structuration, la répétition et l’interaction sont des questions qui sont très pertinents à la fois des fibres mode et la programmation informatique. Ainsi, les résultats de notre collaboration commencer par les points communs que nous avons découvert dans nos spécialités, mais se développent à travers le vocabulaire hybride engendrée par cette boîte de dialogue. » Leur travail permet de proposer les interrogations liées à la créations artistiques par le biais d’autre moyens techniques ce qui représente sûrement un des fondements de l’art numérique et du vidéo art.
Outre la dimension artistiques de ses créations, savoir produire du contenu se rapprochant du vidéo art est une compétences de plus en plus recherchée qui requiert souvent une formation à part entière (celle de l’école Estienne : Présentation, par exemple). La création et le design numérique sont des domaines de plus en plus en vogue et recherchés par des organismes ou des projets qui souhaite proposer une communication plus pointue. Les arts numériques mêlent différents processus créatifs et naissent au travers de différents médium et leur utilisation est multiple. L’évolution constante des nouvelles technologies et des moyens de diffusion et de communication possibles entraîne un renouvellement rapide de cette production artistique qui ne cesse de se développer.
Le tutoriel est un outil pédagogique prenant la forme d’un tutorat qui décrit pas à pas les différentes étapes d’une activité et de sa réalisation. C’est généralement un contenu simple et accessible qui permet un apprentissage quasiment autodidacte de plusieurs tâches nécessaires à l’utilisateur en demande d’informations justes et pertinentes. Il peut prendre la forme d’un document, d’un article ou d’une vidéo et s’étend à toutes sortes d’activités (jeux, bricolages, arts plastiques, musique, loisirs, etc…). La forme vidéo s’est considérablement développée ces dernières années et il est possible de trouver toutes sortes de tutoriels sur des plateformes comme Youtube. Le tutoriel vidéo est intéressant d’un point de vue commercial pour de nombreuses marques qui y voient un moyen subliminal de communiquer ses services et faire sa publicité. Cela leur permet de démontrer une expertise tout en gagnant en visibilité. La forme tutorielle connait désormais une identité graphique et une présentation de son contenu très facilement assimilable tant ces vidéos ont pris de l’ampleur. Ce phénomène a connu un tel essor sur Internet qu’il est parfois gentiment moqué et caricaturé.
La chaîne YoutubeHowToBasic propose à plus de 14 millions d’abonnés des tutoriels simples et pratiques, utiles pour plusieurs tâches de la vie quotidienne. Les vidéos commencent à priori de façon normale puis peu à peu prennent la forme d’une caricature pour finir de manière on ne peut plus explosives. C’est le cas de la vidéo How to Correctly Pack a Suitcase. La vidéo s’ouvre sur les images avant/après de la valise en préparation avec une musique d’ambiance dynamique typique de tutoriel Youtube et s’annonce à priori comme une vidéo pour apprendre à ranger ses affaires de manière pratique. La vidéo ne présente ni la personne qui est en train de tourner, ni de voix off explicative, seules des images montrant clairement chaque action sont montées les unes après les autres. Rapidement, le how to (tutoriel en anglais) tourne au drame et la rangement de la valise continue de manière complètement hystérique puis n’a plus aucun sens. Après le drame de la préparation, une fois la valise fermée, le tutoriel s’achève normalement : la musique d’ambiance reprend et un bruit d’avion est superposé signifiant la fin d’une tâche dûment accomplie.
Toutes les vidéos de cette chaîne sont construites de la même façon et si elles font appel à des situations connues de tous les utilisateurs, elles sous entendent une certaine critique de la forme tutoriel. L’expansion du phénomène est tel qu’il est possible de trouver une quantité incroyable de vidéos sur tous les sujets possibles et imaginables qui se révèlent parfois futiles et inutiles. La chaîne HowToBasic caricature ces tutoriels et la forme qu’il prennent en utilisant un montage et une musique typique de ce type de vidéo. Les sujets abordés sont d’une simplicité telle qu’il ne mérite pas d’explications particulières. La chaine Youtube surf sur la tendance de ces vidéos explicatives pour créer un contenu humoristique qui met en lumière les limites que présente la surabondance des tutoriels vidéos sur Internet. La ligne éditoriale de HowtoBasic à l’air de plaire puisque la chaîne cumule plusieurs millions d’abonnés et produit des vidéos qui font également plusieurs millions de vues.
Le collège de France est un établissement de recherche et d’enseignement crée en 1530 par François 1er. Le but de cet établissement est de permettre à des enseignants spécialistes dans leur domaine de dispenser des cours gratuits, ouverts à toutes et tous, sans inscription, et surtout non-diplômant, ce qui fait du collège de France un établissement tout particulier. Michel Foucault disait, dans un entretien avec Jacques Chancel le 10 mars 1975, qu’il ne pensait pas enseigner au Collège de France, dans le sens où il n’exerçait pas de rapport de pouvoir avec son auditoire, voir même que le rapport de pouvoir était inversé, dans le sens ou c’est le chercheur enseignant qui se confronte à ses élèves, et qui confronte son savoir et ses recherches à ceux qui viennent l’écouter. Il n’y a pas d’examen, pas de note, pas de vérification du savoir des élèves. L’enseignement y est libre comme presque nulle part ailleurs.
Les cours dispensés sont de très haut niveau, quel que soit le domaine et cherchent à enseigner sur les recherches les plus récentes. De nombreux intellectuels français très renommés ont été titulaire d’une chaire (c’est comme cela qu’on appelle les professeurs élus au Collège de France), comme Michel Foucault, Roland Barthes, Pierre Bourdieu pour ne citer qu’eux.
Pendant que la tendance actuelle est à la privatisation et à la monétisation de l’enseignement à distance, le collège de France reste un moyen d’avoir accès à des cours d’une qualité presque inégalable sur des sujets très spécifiques, tout cela gratuitement. Depuis 2006, les cours sont accessibles en format texte sur leur site, puis petit à petit le format vidéo s’est imposé comme moyen de retranscription des cours pour le grand public.
La vidéo s’ouvre sur un plan rapide du Collège de France et de son logo qui agit comme une présentation du lieu et de l’institution. Un plan ensemble de l’amphithéâtre permet de plonger directement l’auditeur dans la salle de cours. Un plan rapproché est opéré sur Antoine Compagnon qui introduit le thème du séminaire et présente son invité Bertrand Marchal enseignant-chercheur, critique littéraire et éditeur, spécialiste de Mallarmé. La vidéo est ensuite construite avec différentes prises de vues illustrant le discours du professeur. Une juxtaposition des propos Bertrand Marchal est mise en place avec la retranscription des textes et des citations utilisées sur ses diapositives. Après des applaudissements, Antoine Compagnon reprend la parole, commente puis discute avec son invité. Cette discussion est illustrée au travers d’un champs-contre champs. Pour clôturer cette séquence un plan d’ensemble sur l’amphithéâtre pendant les ultimes applaudissements des auditeurs est présenté avant que la vidéo s’achève par un écran noir créditant le réalisateur.
Ce type de vidéo, visant à retranscrire tel quel un cours dispensé au Collège de France, représente un apport considérable y compris pour l’institution elle même. Ce procédé permet de rendre accessible à un auditoire large et divers, le contenu de cours prestigieux et très prisés par un certain nombre de personnes. La retranscription de cours en ligne permet au Collège de France de diversifier et moderniser ses activités et il paraît en effet de plus en plus nécessaire pour ce type d’établissement de recourir à une telle communication et à la “virtualisation” de ses activités . La rediffusion de cours en ligne est une fenêtre ouverte sur une des actions principales du Collège de France, internationalement connu pour la qualité des enseignements et des intellectuels dont il dispose.
Contrairement à certaines autres vidéos éducatives, cette dernière ne présente pas de musique de fond, si ce n’est qu’au générique. Ce format permet de nous immerger dans l’environnement “salle de classe” qu’est le collège de France et retranscrit le moment tel qu’il a été vécu comme le feraient les lives d’événements. S’agissant d’un cours traditionnel et très spécialisé, fait par des intellectuels de renoms, ces derniers ciblent un public bien précis : des (pré)intellectuels avec un bagage assez conséquent. Le contenu est donc moins dynamique que certaines vidéos de vulgarisation ce qui peut lasser une cible plus jeune ou néophyte. Certains novices ont besoin d’être exposé à un contenu visuel plus attractif, dynamique et concis afin garder l’intérêt pour le contenu jusqu’au bout. Tout le monde n’est pas forcément intéressé par des cours dits “magistraux” et trouver un moyen d’adapter ces contenus vidéos à un autre auditoire en effectuant un montage animé au lieu de retranscrire uniquement le cours pourrait aussi être intéressant. Cependant un des intérêts de la retranscription telle qu’elle est effectuée par le Collège de France est que l’auditeur n’est pas forcé de rester le regard rivé sur son écran. La vidéo est presque radiophonique et pourrait être utilisée comme un podcast avec une écoute mobile.
Les vidéos de retranscription des cours du collège de France représentent une source de savoir considérable et une ressource numérique très intéressante.Elles rendent accessibles un contenu de qualité qui se révèle utile pour le monde universitaire mais également pour tout auditeur à la recherche de cours de spécialistes. En retranscrivant ses cours en ligne, le Collège de France permet une ouverture à des enseignements de qualité à un plus grand nombre de personnes, ce qui représente la doctrine principale de cette établissement vieux de presque cinq siècles.
Le Mashup est une tendance apparue au début des années 2000 et dont la production s’est accélérée avec le développement d’Internet. Il s’agit d’une construction audiovisuelle, littéralement « mixture », entre plusieurs images et sons numériques pré-existants produisant alors un contenu nouveau aux effets différents que ceux initialement prévus. Cette production audiovisuelle est un des symboles du Web participatif et réussi toujours à attiser l’attention de fans. Il s’agit d’une activité, la plupart du temps amateur, à laquelle s’adonnent passionnés et professionnels du montage. Face à l’importance de ces nouvelles productions et à l’engouement qu’elles suscitent, certains professionnels dont Julien Lahmi, membre du collectif « What’s The Mashup », ont ouvert diverses plateformes et chaînes YouTube spécialisées dans ce type de montage vidéo.
C’est sur la chaine Youtube du collectif qu’a été publiée un mashup du hit du producteur américain Mike Ranson et de l’artiste Bruno Mars paru en novembre 2014 : Uptown Funk. Le titre est classé numéro un des ventes en France, au Royaume-Unis et aux États-Unis où elle passe quatorze semaines en tête du Billboard Hot 100. La chanson remporte deux Grammy Awards en 2016 : enregistrement de l’année, et meilleure performance pop en duo ou en groupe. Le collectif réutilise, à peine un an après sa parution, le titre en y accolant un ensemble de scènes de danse de films populaires. En alliant la musique de Bruno Mars, incontestablement connue pour son clip qui comptabilise 3,7 milliards de vus sur YouTube début 2020 et plusieurs scènes de films cultes, les réalisateurs ont réussi à créer un véritable engouement chez les utilisateurs créant à leur tour une vidéo virale frôlant à ce jour les 18 millionsde vues.
Les membres du collectif ont réalisé ce mashup pour la rentrée : « j’ai fait plusieurs mashup de danse et je souhaitais faire une sorte de mashup de danse ultime du cinéma« . (Julien, Le Huffington Post, 2015). Les plans varient en fonction des vidéos qui composent les mashups. En effet, les vidéos choisies, issus des différents films, possèdent chacun plan qui leur est propre, afin de mettre en avant les danseurs. Nous pouvons aussi y trouver des travelling pertinents. Nous avons ici une majorité de plans fixes et travellings, le tout dans un plans d’ensemble, ce qui permet de voir l’ensemble le corps entier des danseurs en mouvement. Les plans successifs des différentes scène de films s’enchaînent à la perfection : les mouvements des danseurs concordent entre eux et sont dans le rythme de la même musique. Ce type d’enchaînement se nomme le Bootleg video. La musique n’a pas subit de modifications sonore, ce sont les vidéos réutilisées qui s »adaptent à la musique.
Militantisme et artistes : quand les stars s’impliquent dans la vie politique
Fin janvier 2019, la rappeuse américaine Cardi B a posté via son compte Instagram une vidéo où elle critique, dans un langage grossier, Donald Trump et le blocage du budget des administrations qui oblige des milliers de fonctionnaires à travailler sans salaire. Cette intervention, au vu de la notoriété internationale de Cardi B laisse imaginer les répercussions immédiates sur ses followers et surtout sur la classe politique américaine. En effet, cette vidéo a largement traversé les frontières d’Instagram, a été reprise par de nombreux médias et évoquée par certains hommes politiques de l’opposition sur Twitter, qui ont voulu relayer sa publication, avant de convenir que “ce ne serait pas très sénatorial”.
Ce type de vidéo, postée de manière spontanée par une artiste et une star très suivie sur Internet prend forcément une tournure politique. Si Cardi B n’est pas à proprement parler une militante, sa parole est entendue par des millions de personnes. Cette vidéo prise pendant le Shutdown américain illustre ce que peut être le discours militant de certains artistes et interroge le rôle nouveau et puissant des réseaux sociaux quand à la diffusion de leur parole.
La vidéo a probablement été prise avec le téléphone portable de la rappeuse qu’elle tient directement en prise de vu selfie. Il s’agit ‘un format très court puisque l’intervention ne dure que deux minutes. Cependant elle s’est révélée très percutante, la vidéo ayant fait plus de 20,5 millions de vues à ce jour sur Instagram, sans compter donc d’autres plateformes telle que Youtube et les nombreux médias l’ayant relayée. Plusieurs raisons expliquent l’impact si populaire de cette vidéo.
Un langage ouvertement grossier
Cardi B est une artiste connue pour ne pas mâcher ses mots, quitte à utiliser des propos grossier, afin de témoigner son mécontentement de façon explicite. De même, sa notoriété permet d’influencer de nombreux citoyens, mais aussi les jeunes qui sont le futur de la société et une majeure partie de son public.
Reprise par l’opposition démocrate
Par la suite, la vidéo n’est pas passée inaperçu aux yeux des démocrates. Des membres du sénat démocrates tels que Hawaï Brian Schatz, Chris Murphy, et même le chef de fil démocrate au Sénat Chuck Schumer, ont réagi à cette vidéo, se demandant s’ils devaient la reposter sur Twitter. Des publications qui paraissent anodines permettent d’évoquer de manière implicite et passive un même problème, en reprenant l’opposition de la super star.
(Trying to decide whether or not to retweet the Cardi B video)
Si la vidéo a été massivement partagée sur réseaux par les internautes, les médias n’ont pas manqués à l’appel. Des médias nationaux et internationaux ont relayé ce court extrait. Il est possible de citer le pure player Huffpost, spécialisés dans des vidéos courts formats sur l’actualité et la radio nationale Mouv’. Outre le fait d’être relayée par des médias spécialisés dans “l’urbain” et le Hip-Hop, en France l’impact de cette vidéo a su attirer l’attention des médias généralistes tels que Le Parisien ou Le Monde.
Les influenceurs : nouvelle voix du militantisme ?
Le but de la vidéo postée par Cardi B est, non pas de sensibiliser subtilement, mais d’alerter les citoyens sur la situation critique du pays, qu’elle n’est pas la seule a jugé critique. Le but est surtout d’inciter les citoyen à agir et à ses mobiliser contre la décision de Donald Trump, jugée tout à fait injuste pour les fonctionnaires, et de mettre en avant l’incohérence des actes du président. Si Cardi B en arrive ici, c’est que selon elle la plupart des médias nationaux ne sensibilisent pas assez les citoyens sur ce point. Ainsi, son influence permet d’être un “média” de taille et de faire parvenir ce message de manière claire et explicite aux oreilles de ces followers et des citoyens américains. Cardi B est aussi consciente que son public est plutôt jeune et que ses paroles vont toucher des auditeurs qui ne sont pas forcément les lecteurs et téléspectateurs les plus assidus en ce qui concerne la presse et les médias traditionnels. Les jeunes, faisant partie du public de Cardi B vont eux aussi, à leur façon, diffuser et faire passer le message à leur parent et entourage.
Face à certains sujets politiques, les artistes et personnalité publiques ressentent le besoin d’être des portes paroles d’une idée, d’une voix ou d’une opposition qui n’est selon eux pas assez mise en lumière, soit car elle n’existe pas ou car les médias ne relayent les informations comme ces personnalités le souhaiteraient. Il s’agit ici pour Cardi B, et d’autres personnalités, d’utiliser leur notoriété et d’engager une certaine responsabilité des artistes dans le discours politique et médiatique. L’intervention d’artistes sur des sujets politiques a toujours existé de manière plus ou moins explicite, cependant avec la place de plus en plus importante des réseaux sociaux, la diffusion et la réception de ses interventions est différente. En effet, l’intervention spontanée de Cardi B illustre parfaitement la facilité avec laquelle les personnalités en vogue peuvent se faire entendre et peuvent semer un petit trouble dans la vie politique institutionnelle.
Dans la même foulée
Plusieurs personnalités ont décidé dans la foulée de sortir du silence et de dénoncer ce problème nationale. C’est le cas par exemple du fameux Snoop Dogg qui a aussi partagé un vidéo courte sur le même sujet. Néanmoins elle est beaucoup plus courte que la précédente (30s).
La viralité, dans le domaine des médias, désigne la diffusion rapide, massive et souvent inattendue d’un contenu : photo, vidéos, citation, sur internet. Le plus souvent ce phénomène est relayé grâce aux réseaux sociaux ou des plateformes telles que Youtube et parfois par des médias traditionnels ou la publicité. Le terme “viralité” fait appel à la notion de virus : il peut se propager rapidement et toucher une grande échelle de population. C’est d’ailleurs une des caractéristiques d’un contenu internet viral : il est vu et revu par un très grand nombre d’utilisateurs, certaines vidéos atteignant souvent des millions de vues.
Cette vidéo surnommée “L’oncle de Bus” hébergée sur Youtube a connu un visibilité importante sur Internet en mai 2006. Il s’agit d’une altercation entre un homme plutôt âgé et un jeune dans le bus à Hong-Kong, filmée par un des passagers avec son téléphone portable. Au cours de cette altercation celui qui sera surnommé sur Internet “l’oncle du bus” s’en prend au jeune qui lui a tapé sur l’épaule pour lui demander de parler moins fort au téléphone. Une dispute d’environ 6 minutes s’en suit et bien que le jeune s’excuse pour couper court à la situation l’altercation se poursuit. L’homme âgé prononce alors plusieurs phrases qui feront la popularité de la vidéo : “« Je suis sous pression, tu es sous pression. Pourquoi tu me provoques ?! » « Ça n’est pas réglé ! Ça n’est pas réglé ! ». La vidéo est en cantonais mais a rapidement était sous titrée en anglais permettant une diffusion une une visibilité plus large. La vidéo, bien que de mauvaise qualité car filmée discrètement avec un portable, a beaucoup été visionnée. Elle a surtout été reprise et parodiée et les formules du vieil homme sont passées dans la culture populaire à Hong Kong et en Chine.
L’histoire est devenue rapidement très populaire sur Internet et de nombreuses versions dérivées ont vu le jour. Les artistes n’ont pas manqué l’occasion de réutiliser cette vidéo pour créer des contenus plus loufoques les un que les autres. Certains beatmakers on pris la décision de remixer ce passage sonore pour en faire un titre rythmé. C’est le cas par exemple de HayatoRemixqui a posté sur YouTube un remix fait par ses soins, atteignant aujourd’hui les 130 000 vues.
Un YouTuber K B Tan a partagé une vidéo dans laquelle deux autres protagonistes chinois se disputent et s’affrontent dans un bus. Différentes prises de ces vidéos ont été diffusées sur Internet. Le réalisateur a donc fait un montage des différentes prises, avec les phrases de la vidéo “Oncle du Bus” afin de créer une vidéo comique.
Dans le cadre de l’événement Street Fighter Zero, tournant autour des jeux de la licence, ainsi que dans le cadre de la promotion de Street Fighter Alpha Anthology, sur PS2, l’entreprise Capcom a réalisé un affiche audacieuse. En effet, on y avoir inscrit en Kanji les termes rappelant la scène de la vidéo, qui ne sont autre que “You have pressure! I have pressure!”. L’entreprise Capcom a donc fait un coup de communication futée afin d’augmenter les réactions à son affiche, et ainsi augmenter la visibilité de son événement.
L’événement a fait le tour de Chine, si bien que les médias traditionnels (presse, télé, radio…) ont relayé l’information ainsi que l’identité du personnage, qui n’est autre que Chan Yi Dong, un directeur exécutif.
Cet engouement a permis de remettre au goût du jour la question du stresse constant chez les citoyens chinois, notamment à cause du travail. L’impact était si important que des médias internationaux en ont parlé, notamment le géant américain CNN. Également, en juin 2006, les régies publicitaires se sont aussi emparées de la tendance. En juin 2006, lors dans le cadre de la promotion de la FIFA World Cup, une publicité a été mise en place mettant en scène l’organisateur de la FIFA Lam Sheung Yee (joué Lam Man Chung) se plaignant de la pression des responsabilités dû à l’organisation de cet événement. La scène de la vidéo d’origine est alors reproduite.
La vidéo reprend de nombreuses caractéristiques communes à la plupart des vidéo virales. Il s’agit d’une scène de la vie quotidienne inattendue et filmée spontanément par un amateur. Elle prend, par le ridicule de la situation, un tournant humoristique ce qui lui a valu d’être reprises dans plusieurs domaines. Ce qui peut être représente un bémol quand à la viralité de la vidéo et qu’elle n’a pas un nombre de vu absolument démesuré et représente surtout un phénomène populaire localement, à Hong Kong et en Chine et peut être moins à une échelle internationale.
Ce court reportage est extrait de l’émission Entrée Libre : émission quotidienne de vingt minutes dédiée à l’actualité de la culture diffusée sur France 5 du lundi au vendredi à 20h20, le samedi à 00h20 et le dimanche à 8h55 de 2011 à 2019. L’émission s’intéresse à la culture sous ses différentes formes (arts, musique, cinéma, pratiques culturelles) par le biais de reportages. Il est possible de retrouver des portraits d’artistes (danseurs, chanteurs, comédiens, musiciens) dans des domaines culturels variés, à la fois traditionnels et contemporains (cinéma, théâtre, poésie, danse, street art, art numérique). Ce magazine a connu un bon succès critique, le Figaro le qualifiant « désaltérant et décalé ». Ce type de programme correspond à la ligne éditoriale de la chaîne culturelle du service public. Une chaîne YouTube est aussi dédiée au visionnage de l’émission la rendant ainsi très facilement accessible. C’est d’autant plus utile qu’une émission culturelle n’est pas forcément regardée en direct mais représente toujours un intérêt pour le téléspectateurs quelques temps plus tard. Les vidéo (d’une moyenne de 5 minutes) publiées sur YouTube, présentent l’essentiel de l’émission.
Le reportage s’articule ici de deux manières : présentation du travail de Banksy alliant images et voix off et intervention d’une galeriste et d’une auteure questionnées sur le sujet. Le point de vu de l’explication est ici, par la force des choses, externe car il s’agit d’un artiste qui a fondé son travail sur l’anonymat, aucune interview de lui est alors possible. Ce reportage bien que plutôt court est assez complet. Le montage alternant prises de vu rapides du travail de l’artiste et séquence d’interview délivre une vidéo plutôt ludique sur le sujet. Les transitions sont fixes et il n’y pas d’effets de motion design pour les rendre fluides, ou de retouches vidéo afin d’apporter des éléments d’éclaircissements (entourer certains points, images entourées…). Les interviews qui composent cette vidéo sont en plan large au format 9 :16, format de télévision. Cela diffère d’autres médias, qui eux effectuent leur interview en plan portrait afin de s’adapter aux différents outils de connexion (tablettes, téléphones portables). La musique est quasiment absente de la vidéo, si n’est que certains passages audio des séquences vidéo d’origine.
Comme il a été souligné précédemment ce type de magazine est présenté à travers un format télévisuel typique, lancement par l’animateur ou l’animatrice et séquence reportage alternant images et interview d’invités questionnés sur le sujet. Ce format est différent de ce qu’il est possible de trouver sur des médias internet tel que Brut ou la chaîne Youtube du HuffPost. Cette dernière a également produit une vidéo sur l’artiste mais s’intéresse cette fois ci à une actualité beaucoup plus factuelle : la destruction en direct d’une œuvre de l’artiste lors d’une vente aux enchères en 2018. La vidéo est bien plus courte et seule des images sous-titrées illustre cette actualité.